WHAT ARE YOU LOOKING FOR?
06 April 2023

« La reprise économique se reflète à travers les résultats des conglomérats cotés en Bourse »

1/ Swan Securities Ltd, dont vous êtes le manager, est une compagnie opérant sous l’identité Swan Capital Solutions. Pouvez-vous nous parler de vos services ?

Swan Securities Ltd est une compagnie de courtage qui opère sous Swan Capital Solutions. Notre métier est d’être un pont entre les investisseurs et le monde de l’investissement, en particulier les marchés boursiers, aussi bien à Maurice qu’à l’étranger. Mais nous sommes plus que de simples intermédiaires, puisque nous offrons également un service d’accompagnement du client à travers des conseils, de la recherche économique et des analyses pointues sur les compagnies cotées en Bourse. Cette approche fait partie de notre ADN, et offre une valeur ajoutée à nos clients.

Nous sommes aussi un licenced underwriter et travaillons étroitement avec des cabinets de conseils concernant les levées de fonds ou autres capitaux pour les projets de développement ou d’acquisition de leurs clients. Cette licence nous permet de garantir un financement partiel ou complet du projet en question.

2/ Swan Securities a été créée tout juste après la création de la Stock Exchange of Mauritius. Comment a-t-elle évolué au fil des 34 dernières années ?

La Stock Exchange of Mauritius (SEM) a évolué de manière exponentielle depuis sa création en 1989. D’une plateforme physique « à la criée », où se côtoyaient les traders et autres acteurs du monde financier, la SEM s’est pourvue d’un système de trading électronique et sophistiqué qui permet la cotation de divers instruments boursiers (actions, ETFs, obligations, produits structurés, etc.). Soutenue par sa compagnie sœur, le Central Depository & Settlement Co. Ltd (CDS), « le settlement cycle » a non seulement évolué à T+3 mais aussi en un système multi-devises, notamment en MUR, USD, EUR, ZAR et GBP. Cela a permis à la SEM d’attirer des entreprises régionales désireuses d’êtres listées en Bourse et de permettre des levées de fonds en « hard currency ». Swan Securities a elle aussi suivi ce développement structurel en investissant dans nos systèmes opérationnels et nos ressources humaines. En sus de cela, notre base de clients a grandi au fil des années et nous avons attiré des investisseurs étrangers pour acquérir des titres de compagnies mauriciennes ainsi que d’autres produits listés.

3/ Pouvez-vous nous décrire le profil de votre clientèle ? Et surtout, de quelle manière les assistez-vous ?

Nous avons aujourd’hui une clientèle globale, composée de clients institutionnels, de particuliers, des HNW (high-net-worth-individuals), de family offices, ou encore de gestionnaires de portefeuilles. Ces clients sont basés à Maurice, dans d'autres pays africains, en Europe, en Asie, et même sur la côte ouest des États-Unis. Cela dit, tout le monde est le bienvenu chez nous puisque nous n’avons pas de seuil d’investissement minimum.

Nous nous attelons à offrir un service d’excellence à nos clients en créant des relations professionnelles qui sont basées sur l’écoute, la confiance et l’accompagnement sur le temps. L’information sur le monde financier est essentielle, et nos conseillers et traders s’assurent, à travers nos canaux de communication, que nos clients aient connaissance de l’actualité journalière. Ceci se fait à travers nos communiqués journaliers, c’est-à-dire le Morning Brief et le Daily Update. De plus, nous partageons nos opinions sur les titres boursiers à travers notre Earnings Digest.

4/ Les importantes entreprises locales, qui sont cotées en Bourse, ont récemment publié leurs résultats pour le premier trimestre de l’année financière en cours se terminant au 31 décembre 2022. Quelle en est votre analyse de manière générale ? Que disent leur performance sur la situation macroéconomique du pays ?

Nous aurons plus de visibilité sur les résultats se terminant au 31 Décembre 2022 à la fin du mois de mars, une fois que tous les comptes seront publiés. Cependant, nous pouvons déjà observer, à travers une partie des comptes déjà publiés, que les résultats sont très positifs en dépit d’une conjoncture locale et internationale complexe.

Certains secteurs se sont distingués par leur résilience, mais aussi leur capacité à retrouver leur vitesse de croisière après un arrêt brutal. Nous parlons notamment du secteur touristique qui bénéficie de la hausse du nombre d’arrivées touristiques depuis la réouverture des frontières. Malgré des arrivées qui n'ont pas atteint leur niveau de 2019, le secteur peut jouir de nuitées étendues, passant de 10,6 nuits en 2019 à 11,8 nuits en 2022. Cette hausse du nombre de nuitées a entrainé de ce fait une hausse des dépenses par touriste, qui sont passées de Rs 45 600 par touriste en 2019, à Rs 65 000 en 2022.

Le secteur financier s’est aussi illustré à travers les banques, qui bénéficient de la hausse des taux d’intérêts et de la baisse du risque systémique de l’économie locale, qui se traduit notamment par une baisse des provisions sur leurs prêts. Nous notons aussi un regain d’activité au niveau du secteur manufacturier, avec une reprise des commandes en particulier dans le textile, qui a bénéficié de la fermeture du marché chinois durant une bonne partie de l’année dernière.

Cette reprise économique qui s’est poursuivie en 2022, comme en témoigne le PIB d’environ 7,8%, selon les chiffres de Statistics Mauritius, se reflète aussi à travers les résultats des conglomérats cotés en Bourse. À titre de référence, les profits cumulés des trois principaux conglomérats du pays avaient atteint Rs 3,3 milliards pour les 12 mois se terminant au 30 juin 2019. Pour la période corresponsante se terminant au 30 juin 2022, leurs profits cumulés s’élevaient à Rs 5,7 milliards.

Ces bonnes performances ont aussi été aidées par le taux de change vis-à-vis de la roupie, qui a, elle, faibli. Cela a permis aux entreprises, dont les revenus sont en devises étrangères, de générer un chiffre d’affaires plus important. Nous devons cependant souligner que ces performances ont été réalisées malgré une hausse des coûts d’opération, et même des coûts financiers avec les hausses successives des taux d’intérêt à Maurice comme à l’étranger.

5/ Les cours boursiers de ces entreprises ne reflètent pas forcément leur bonne performance. Pourquoi ?

En effet, les profits cumulés des compagnies listées sur le marché officiel à septembre 2022 ont surpassé de loin les chiffres de 2019. Cependant, le SEMDEX a endossé une baisse de 3,7% depuis le début de l’année. Cette divergence entre fondamentaux et performance boursière peut d’ailleurs être quantifiée à travers le « Market P/E ratio », qui a atteint 7.6x en septembre 2022, bien en dessous du ratio moyen de 12.7x.

Il faut savoir, cependant, que lorsque les taux d’intérêt augmentent, il y a automatiquement une attraction vers les titres à revenu fixe, tels que les bons du Trésor. Cette classe d’actifs comporte moins de risques comparativement aux instruments boursiers, par exemple. Cela explique, dans une certaine mesure, la divergence qui existe entre la performance des entreprises et le cours de leur action en Bourse, qui n’a pas suivi.

Cela dit, nous avons assistés ces derniers jours à des turbulences provoquées par certaines banques dans les marchés développés, notamment la Silicone Valley Bank. Ces failles reflètent les effets de la hausse des taux d’intérêt de la Banque Centrale Américaine depuis 2022. Suite à cela, les taux d’intérêt ayant une échéance à court terme ont accusé un repli ces derniers jours. Nous mettons particulièrement l’accent sur les taux à deux ans, qui reflètent généralement l’état futur du taux directeur américain. Ce phénomène se produit généralement à la suite d’une inversion de la courbe des taux, et précède généralement un ralentissement économique, et de ce fait une baisse du taux directeur.

Par conséquent, nous nous attendons à ce qu’il y ait un ralentissement ou une correction de l’augmentation des taux d’intérêt, ce qui aura pour effet de rendre les actions de ces entreprises de nouveau attractives. Ce sont des placements intéressants pour le futur.

6/ La bonne performance des principaux groupes mauriciens va-t-elle se poursuivre ?

Les derniers résultats financiers montrent que les principaux groupes locaux cotés en Bourse sont sur une bonne dynamique, et nous nous attendons à ce que la tendance se poursuive cette année grâce aux performances attendues dans l’hôtellerie et les services financiers, notamment. Cela aura un impact positif sur les conglomérats, tels que les groupes IBL, ENL et CIEL, pour ne citer que ceux-là.

Reste désormais à avoir une convergence entre leur performance financière et leur cotation en Bourse afin d’arriver à une juste valorisation de leurs actions. Cela se fera uniquement s’il y a une accalmie au niveau des taux d’intérêt.

7/ Quel est l'impact des taux d’intérêt ou encore du prix de l’électricité sur la profitabilité des entreprises, et donc potentiellement sur l’investissement ?

Il y a tout d’abord les dépenses directes, c’est-à-dire les salaires, la facture d’électricité, le loyer, etc. Puis il y a les coûts financiers, qui sont liés à la dette que l’entreprise a contractée pour financer son développement. L’inflation galopante et la récente augmentation des tarifs d’électricité ont conduit à une hausse significative de ces dépenses.

On s’attend donc à ce que les entreprises soient plus méticuleuses concernant la gestion de leur trésorerie, et qu’elles essaieront de gérer les coûts opérationnels de manière plus efficiente pour contrecarrer ces augmentations. Cela dit, toutes les mesures concernant les dépenses ont des limites, et l’accent restera sur l’optimisation des revenus. Dans certains secteurs, les entreprises auront plus ou moins la flexibilité d’agir et ainsi à être moins impactées, alors que dans d’autres secteurs, notamment ceux où les prix sont contrôlés, cela sera plus difficile. Il nous faudrait néanmoins attendre les prochaines publications trimestrielles pour mieux quantifier cet impact.